Les censures des médias sociaux – la suite

Médias sociaux

L’être humain obnubilé par son libre arbitre ne comprendra pas que sa très grande liberté peut nuire à autrui et à l’ordre social. La liberté de l’homme devra donc avoir une limite.

Il faut alors qu’en matière de liberté d’opinion et d’expression l’individu puisse répondre de ces  dérives et assumer sa responsabilité devant les autorités compétentes en la matière. La loi seule dispose d’un tel rang pour limiter les libertés des personnes.

Aussi il  faut s’entendre sur le fait que l’on n’est d’autant plus libre  dans le respect des engagements du contrat (la loi) qui  fait l’ordre social  et sans lequel on aurait vécu dans l’état de nature (pour reprendre J.J. Rousseau) – état d’extrême liberté de l’homme où chacun vit à la seule motivation d’assurer sa survie quoiqu’au détriment des autres – Chose qui n’a pour corollaire que l’anarchie et la débauche. Afin de garantir une certaine stabilité à notre vie commune l’homme a accepté de concéder une partie de sa liberté –  le contrôle de la force et de la violence – transféré entre les  mains de l’Etat qui en  garde le monopole. On serait donc plus libre dans une moindre liberté.

Considérant ce qui précède, on imagine mal  de laisser impuni tout propos qui ferait l’apologie de la violence, de la haine, du racisme, de l’esclavagisme, de la pédophilie…

Ne pas laisser impuni ne veut pas non plus dire d’empêcher son expression – ce n’est pas parce qu’un enfant montre toutes les couleurs à ses parents qu’ils ne devraient pas lui donner vie. Le comportement de l’enfant sera déterminé par son éducation par ses parents et des valeurs qu’ils lui inculqueront. Eduquer un enfant c’est aussi savoir ce qu’il pense et lui faire parvenir un message d’acceptation ou de réprobation de cette pensée. Il comprendra ainsi le socialement correct et le socialement incorrect.

Pour revenir à nos moutons et faire le pont, les médias sociaux n’ont ni la compétence ni l’autorité nécessaire pour juger des dérives dans les libertés d’opinion et d’expression des personnes. Ne pouvant pas juger encore moins  punir ces excès, ils ne peuvent et ne doivent censurer les individus.

Au-delà de ces cas que nous avons illustrés ci-dessus, le plus souvent il y a censure sur les médias sociaux sur la demande des autorités publiques. En juin dernier l’Union européenne a mis en place la censure instantanée des réseaux sociaux après avoir fait signer par les différents acteurs (Google, Facebook, Twitter et YouTube) au mois de Mai le code de conduite de la commission de l’Union Européenne.

Les Etats n’interviennent pas uniquement dans le cadre des censures. Ils déploient tout un arsenal de surveillance illégale des populations s’incrustant par ce fait dans la sphère de la vie privé des individus et dans une violation totale du droit à la vie privé sous couvert de l’instauration d’un Etat d’urgence pour assurer la sécurité nationale. Les révélations d’Edward Snowden en juin 2013 sur les pratiques des services de renseignement Américains et anglais font rappeler bien de souvenirs.

Les censures des médias sociaux se font parfois par le truchement des dénonciations de leurs utilisateurs – particulier, entreprise, internaute –  jugeant un contenu indésirable, choquant, ou  nuisible à leur image.

Derrière toute censure se trouve un objectif bien déterminé. Ces objectifs se joignent tous à cacher un fait, une histoire, un phénomène sous peine d’éviter sa propagation et sa connaissance du grand public. Nous constatons de nos jours qu’avec la multiplicité des médias sociaux, une censure produit le plus souvent l’effet contraire à celui recherché. Supprimer un document ou une image ou une vidéo sur un site ne garantit pas sa disparition totale. Il se pourrait qu’aussitôt publier l’élément en question ait été récupéré par un internaute quelconque et même conservé par la personne censurée qui auront l’occasion de le rediffuser plus tard sur un autre canal.

La nature humaine étant ce qu’elle est – c’est-à-dire curieuse, intrépide et incrédule – se laissant séduire par l’esquivé, l’occulté et le feint accoure  vers ce qui est censuré plus tôt que vers ce qui ne l’est pas. Ainsi sur cet autre site où se fut redistribué l’élément censuré, par un phénomène de vaste communiquant ce dernier se verra être mis au grand jour et se faire la tasse de thé commune.

Plusieurs évènements ayant connus la même tournure ont permis de baptiser les effets produits. Nous avons :

  • L’effet Streisand : qui retrace l’histoire de Barbara Streisand survenu en 2003 où elle poursuivit en justice – aux fins d’empêcher la propagation d’une photographie de sa résidence privé – Kenneth Adelman et pictopia.com, auteur de la diffusion de cette photographie.

La particularité de cette histoire réside au point où cette tentative de censure loin d’éviter la divulgation de la photographie lui a donné une véritable visibilité (plus de 420 000 personnes visitèrent le site 24 heures plus tard) en sorte que certains se demandent si ce procédé n’est pas plus une stratégie marketing qu’une tentative de censure.

  • L’effet flanby : lui est inspiré de l’effet Streisand du moins il répond à la même logique. Il reprend la caricature du flan. Plus on lui tape dessus plus il jaillit. Ceci nous apprend que pour empêcher les gens de parler il faudrait laisser dormir comme le flan, mais quand on veut bâillonner on fait entendre les râlements un peu comme quand on tape sur le flan.

Ces exemples sont pour montrer qu’enfin de compte il n’est plus possible une censure radicale. Il faudrait se remettre à l’évidence qu’à notre temps toute chose est indélébile. En réalité ce n’est que l’autocensure que l’on promeut par la censure. Ce n’est donc que le génie créatif des individus qui s’étiole par la censure.

À tout point de vue, l’individu seul et rien que lui seul est à même d’apporter les solutions idoines à cette problématique. Il le fera au travers d’une auto-gérance des contours de sa liberté ou par la morale ou pour se protéger.

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